Le mystère multiséculaire de Santa Restituta enfin élucidé ...
« MEDIACORSICA.COM », consacre cette investigation à SANTA RESTITA, personnage religieux du christianisme primitif, dont jusqu’au XXe siècle, personne n’avait été capable de dire s’il était mythique ou réel !
Car jusque-là nous ne savions rien de Restituta. D’où venait-elle ? Quel avait été son parcours personnel et religieux ? Avait-elle distribué quelques faveurs miraculeuses ? Pourquoi cette sainte est-elle, aujourd’hui encore priée avec tellement de ferveur sur les deux rives de la Méditerranée, à Carthage, Naples, Ischia, Pise, Sora, Cagliari et évidemment Calinzana ?
Surtout pourquoi en Corse, une légende transmise depuis 1600 ans par le simple bouche à oreilles des calzaninchi pouvait-elle contester la réalité de la tombe pourtant réputée « officielle » par le Vatican, sans que l’on ose s’interroger franchement sur cette contradiction insupportable ?
Que disait en substance la légende profane ? « Les saintes reliques de Restituta et de ses cinq compagnons d’évangélisation, reposent dans un magnifique sarcophage de marbre blanc, lui-même enseveli quelque part dans le cimetière de Calinzana ! ».
Non-dit hypocrite ou astucieuse posture de sagesse de la part des calzaninchi ?
Toujours est-il qu’au fil des siècles, les chrétiens de Calinzana priaient le matin avec une ferveur exemplaire sur la tombe « officielle » de Santa Restituta. Alors que le soir venu, les mêmes croyants, colportaient avec une fidélité scrupuleuse la légende profane de leurs parents, affirmant qu’une autre sépulture de la sainte reposait quelque part dans l’ancien cimetière du village !
Cette situation extravagante fut spectaculairement résolue de 3 mai 1951 par le jeune curé de Calinzana, José ALBERTI. Un exploit inimaginable, acquis au prix d’une aventure tout à la fois inconsidérément risquée et méthodiquement réfléchie.
La prouesse du prêtre fut de décider, en toute connaissance de cause, de faire l’impossible pour reconstituer le lien historique prouvant que la tombe « officielle » de la sainte n’était qu’un leurre ! Une diversion volontairement placée là, pour protéger la véritable tombe de Santa Restituta, constituée du fameux sarcophage légendaire, enfoui à plus d’un mètre cinquante sous le cénotaphe d’apparat !
José Alberti démontrait ainsi, comment, la foi chrétienne des premiers calzaninchi avait instinctivement misé sur celle de leurs successeurs des siècles futurs. S’assurant la préservation de leur secret commun à travers la transmission de la légende profane.
Parvenant du même coup, à sacraliser le lieu où se superposaient confusément le sarcophage contenant les vraies reliques de Santa Restituta et la fausse tombe, devenue la sépulture « officielle » de la sainte… Un coup de génie !
Le livre « Santa Restituta, de la légende à la réalité » édité en 2026 par Albiana (1) raconte par le menu toutes les étapes de ce véritable feuilleton quelques fois rocambolesque, toujours profondément ancré dans la spiritualité.
Le site « mediacorsica.com » illustre et prolonge cet ouvrage en apportant des informations ou illustrations complémentaires, tout en ouvrant au dialogue à travers l’adresse mel : « contact@mediacorsica.com ».
Chacun peut y écouter l’enregistrement de l’émouvante parole du chanoine Alberti. Tout en feuilletant une collection de photos, quelques fois inédites de sa découverte du sarcophage légendaire et même quelques clichés plus personnels de son étonnante famille. S’y ajoutent des documents inconnus jusque-là. C’est le cas par exemple, du Codex 6933, l’archive vaticane découverte en 1920, révélant le martyre de Santa Restituta à Calvi le 21 mai 304. S’y ajoute la traduction, en français, de l’article du Père Tommaso Alfonsi publié en 1928, nous livrant quelques clés majeures de la résolution du mystère de Santa Restituta.
L’enquête sur Santa Restituta n’est pas pour autant bouclée. Il reste encore plusieurs investigations à mener. Notamment, l’approfondissement de l’analyse scientifique des reliques de Calinzana. En effet, aujourd’hui avec les progrès de la connaissance nous pourrions retrouver leurs traces ADN, là où hier nous n’y sommes pas parvenus.
Il nous restera aussi à comparer « la terre noire et fine » encore contenue dans le sarcophage, avec certains sédiments du sol à l’arrière de la plage dite de Sainte Restitude, là où les martyrs furent ensevelis clandestinement dans la nuit de leur décapitation.
Ce site internet est donc une porte ouverte au SENS à donner aux convictions, souvent multiséculaires, des femmes et des hommes issus de cette vieille terre de Corse.
L’enquête menée sur Santa Restituta en est l’une des nombreuses et belles démonstrations de leur profond enracinement…
Merci.
Le chanoine Alberti nous raconte son aventure...
C’était un 21 mai, jour de la fête de Santa Restituta. Nous étions quelques amis en compagnie du chanoine Alberti. Nous suivions la procession venue du village jusqu’à la chapelle du Loru.
Pressé par nos questions, le chanoine accepta de faire une pause. Assis sur la murette entourant un olivier multi centenaire, le chanoine nous raconta alors sa fabuleuse aventure de la découverte du sarcophage légendaire.
Sa voix, rocailleuse, ferme et pressée, nous livre un récit en langue corse d’une beauté particulièrement émouvante.
« Archivio storico di Corsica ». Les clefs du mystère.
Article paru en 1928, signé du Père Alfonsi chargé de résumer la recherche du Père Leca sur le Codex 6933.
Cet article est essentiel, il traduit l’état d’esprit de cette époque obscure ou rien n’était connu de Santa Restituta. IL nous révèle aussi quelques clés essentielles à la résolution de l’énigme.
Cet article de 1928 contient quelques clés majeures pour la résolution du mystère de Santa Restituta. C’est le premier et le seul article consacré au Codex 6933 du XIIe siècle, découvert au Vatican en 1920 par le père Poncelet.
À l’époque de sa parution, ce texte passera inaperçu en raison des accointances irrédentistes de la revue « Archivio storico di Corsica ».
20 ans plus tard le chanoine Alberti exhumera ce document, il lui donnera sa véritable dimension de révélateur des questions restées sans réponses pendant des siècles. Par la suite, d’autres auteurs s’y plongeront, oubliant de citer leur source, tout en s’arrogeant sans état d’âme, les conclusions pertinentes des pères Giacinto Leca et Tommaso Alfonsi…Ainsi va la vie !
Ce site tentera de rétablir certaines de ces vérités trop vite passées sous silence.
Traduction de l’italien/latin vers le français de Anthony Olhagaray-Marcelli.
Lire l'article complet traduit en français
La Sainte de Calenzana
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À la mémoire de l’abbé Giacinto Leca.
Le 22 janvier dernier s’est éteint à Milan, l’abbé Giacinto Leca de l’ordre des prédicateurs, professeur de théologie, né à Calenzana en Corse le 21 octobre de l’année 1863.
En qualité de confrère et d’élève, j’ai reçu la lourde tâche d’effectuer un tri de ses manuscrits ; et c’est au milieu de divers documents, à la fois brouillons ou consignés dans divers dossiers, que je me suis rendu compte que plusieurs d’entre eux étaient des copies de documents concernant Sainte Restitude, vierge et martyre, dont le village de Calenzana prétend détenir les précieuses reliques.
L’abbé Leca avait pu constituer ce corpus après un laborieux travail avec l’intention de l’utiliser dans le cadre d’une étude critique, afin de démontrer la véracité des propos des habitants de Calenzana, concernant la possession des reliques de Sainte Restitude, qui seraient toujours contenues au lieu de sépulture de la Sainte.
Mais le temps ayant joué en défaveur de l’abbé Leca, ce corpus de documents divers ainsi que de notes éparses sont les seuls éléments parvenus jusqu’à nous, nous privant ainsi de possibles hypothèses ou schémas. L’abondance de documents associée à l’absence de directives concernant la rédaction d’une monographie, en phase avec les idées de l’abbé Leca, deviennent un problème. Ainsi je ne puis me permettre de publier ses recherches en son nom sans qu’il ait pu y contribuer, bien que même si ce travail critique consciencieux et méticuleux, aurait certainement rendu hommage au défunt
Abbé. Ainsi, ne pouvant réaliser un travail à la hauteur de ce dernier, ce modeste article est dédié à sa mémoire, restant le contributeur documentaire principal de cet article, travail qu’il a effectué durant une partie de sa vie avec passion.
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La tradition populaire maintenue durant des siècles, concernant le Corps de Sainte Restitude, que l’on vénère dans la modeste église du même titre située à Calenzana, est consignée dans les archives des visites pastorales et apostoliques, comme celle de Monseigneur G.B. Spinola durant l’année 1688, ordonnée par le Pape Innocent XI.
Selon cette même tradition, le corps de la sainte, hormis la tête que l’on dit avoir été transférée à Naples, serait arrivé miraculeusement, enfermé dans un sarcophage de marbre, sur une plage de Calvi, a une époque indéterminée mais vraisemblablement ancienne. Très vite la nouvelle de ce prodige se diffuse dans les villages voisins, si bien que tous viennent se rendre compte. Il s’en suit alors une dispute quant à la possession des précieuses reliques. Afin de mettre un terme à cette dispute, on s’en remet alors à la Providence ; on attèle ainsi deux génisses qui se trouvaient non-loin et on y accroche un tronc avec le sarcophage, laissant ainsi les deux génisses libres de se diriger vers la destination finale.
Semblant guidées par une main invisible, elles prennent la direction de Calenzana s’arrêtant au lieu même où est conservé et vénéré aujourd’hui le Corps de Sainte Restitude. Bien que cette légende comporte des points communs avec la légende napolitaine, elle est demeurée inaltérée durant des siècles et transmise jusqu’à aujourd’hui, faisant ressentir la ferveur de tout un peuple, et étudiée par les érudits.
Cependant en 1910, l’abbé Poncelet, jésuite, vient à publier dans Analecta Bollandiana une observation sur laquelle il travaille depuis la fin du XIXème siècle, il s’agit d’une légende bien diverse différente de celle mentionnée ci-dessus.
En effet, je peux énumérer trois légendes ou passions, toutes contenues dans les codex de la Bibliothèque Vaticane. La première et sans doute la plus ancienne et importante, est présente dans le CODEX 6933. La deuxième, copie de la première et présentant de légères modifications, est contenue dans le CODEX 6168. La troisième résumant la première et sans véritables modifications, se retrouve dans le CODEX 6458.
La seconde et la troisième sont datées du XIème siècle (en fait les codices 6168 et 6458 sont réputés être du XVIe siècle). En raison de la faible longueur de la troisième, je la retranscris ci-dessous, traduite du latin :
“La vierge Restitude, fuyant les persécutions en Libye contre les chrétiens, en compagnie de Dominico et Verano, ainsi que de Parteo, Partenopeo et Paragorio, arrivèrent en Corse ; et arrêtée au lieu-dit Calvi, par le gouverneur Pirro, elle fut soumise à la tentation de renier sa foi en Jésus Christ, et de vénérer leurs idoles païennes. Ayant toujours refusé de se convertir, le gouverneur ordonna qu’après lui avoir ôté ses vêtements, qu’elle soit lacérée par des nerfs de bœufs, que ses hanches soient écorchées par des pointes en fer, qu’elle soit lapidée avant d’être emprisonnée. Le jour suivant, le gouverneur Pirro lui demanda à nouveau de renier sa foi en Jésus Christ pour celle des idoles païennes, chose qu’elle refusa encore une fois. Alors le gouverneur ordonna que Sainte Restitude soit jetée dans les flammes, enduite de poix : mais Restitude en sortie indemne.
Alors Pirro demanda qu’elle soit pendue et qu’on lui déchire les chaires : de ces dernières, point de sang jaillit mais du lait. Pirro demanda alors qu’elle soit de nouveau brulée vive : mais à peine fut-elle jetée dans les braises que le feu s’éteignît.
Le gouverneur considérant que tout cela découlait de la magie, ordonna qu’elle soit noyée. Restitude s’avançant sur l’eau la signa : elle restait ainsi assise sur les eaux. Comme les ordres du gouverneur n’aboutissaient pas, elle fut condamnée à la décapitation le 21 mai : elle fut par la suite enterrée par les chrétiens durant le règne des empereurs Macrin et Alexandre. Ses compagnons furent eux aussi décapités mais avant elle, au même lieu, sous les ordres du préfet Pirro”.
La première légende, qui comparée à son résumé et que l’on pourrait qualifier de légende principale (Leggenda Maggiore), comporte deux parties. La première fait référence au martyre des saints Parteo, Partenopeo et Paragorio. Dans la seconde partie on peut retrouver une version assez connue du martyre de Sainte Restitude, dont je traduis ci- dessous la première partie de la légende principale :
“Au début de cette leçon, l’histoire raconte comment furent martyrisés la bienheureuse Restitude et ses compagnons Domenico et Verano ainsi que trois autres Saints qui sont Parteo, Parthénope et Paragorio, durant le règne des empereurs Macrin et Alessandrino.
Fuyants la Libye à cause des persécutions des païens, ces derniers arrivèrent en Corse au lieu-dit Calvi, qui jouissait d’une basilique consacrée sous les titres de Saint Sauveur, de la Bienheureuse Mère de Dieu et du Bienheureux Jean-Baptiste, dont le recteur était le Bienheureux Apiano et son compagnon Vendemiale. Ils y vécurent durant un certain temps dans la prière, avec l’aide de Dieu.
Alors, le gouverneur Pirro fut envoyé par les empereurs dans l’ile de Corse, afin de rechercher les chrétiens. Dénoncés, le gouverneur Pirro arriva à Calvi afin de leur réserver le triste sort de la peine capitale. Mais les saints rendaient grâce à Dieu qui leur avait préparé la couronne du martyre. Ils subirent ainsi leur martyre dans la paix. Les saints Parteo, Partenopeo et Paragorio, prirent alors dans leurs mains leurs têtes (1), se rendant au lieu-dit prédestiné appelé Marana. Alors le peu de chrétiens qui résidaient à Ulmia, s’emparèrent des corps des Saints, allant les enterrer à Ulmia. En ce lieu sont concédés de nombreux bénéfices à la louange du nom de Notre Seigneur Jésus Christ, à lui honneur et gloire pour les siècles des siècles. Amen.”
(1) Note du traducteur : Il a été choisi dans le cas de la traduction, d’abord du Latin à l’Italien par l’abbé Alfonsi, ainsi que de l’Italien au Français, de conserver la figure de style originale présente dans le texte latin. Si de prime abord nous pouvons rester perplexes face à une telle forme, il faut comprendre que cette dernière était un procédé littéraire assez fréquemment utilisé dans les textes anciens, élément que l’abbé Casta explique comme matérialisant le choix du lieu de sépulture.
On peut ainsi constater que l’on ne parle plus des saints Dominicio et Vendemiale. Dans la seconde partie, vient d’être raconté ce qui est relaté dans le résumé de cette légende. On y découvre des dialogues entre Sainte Restitude et Pirro qui mis bout à bout, semblent être un plagiat de dialogues d’autres martyrs présents dans les passiones.
On y découvre également l’évocation d’un tremblement de terre qui aurait également effrayé la population, dispersant ainsi la foule. Parlant de Sainte Restitude, la légende principale se conclue de cette manière :
“Le bourreau lui coupa la tête, qu’elle enveloppa dans son voile. La Sainte Martyre Restitude fut suppliciée dans l’ile appelée Corse, au lieu-dit Calvi. Alors plusieurs chrétiens vinrent de nuit, chantant hymnes et cantiques afin de donner sépulture à la sainte. Sainte Restitude fut martyrisée le 21 mai sous la présidence de Pirro, gouverneur de notre pays (praesidente Pirro, Praeside apud nos), régnant Notre Seigneur Jésus Christ, à lui gloire,vertu et puissance pour les siècles des siècles. Amen.”
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Cette légende non seulement tardive comparée à l’époque de Sainte Restitude (on estime un écart de neuf siècles (et demie ?), présente plusieurs points incongrus. Considérant que l’empereur désigné par le nom d’Alessandrino est en réalité Alessandro Severo, ce dernier n’a point régné aux cotés de Macrin. Alessandro Severo fut empereur de l’an 222 à 235, Macrin ayant lui régné quatre ans auparavant de l’an 217 à 218. Dans la légende principale, on peut découvrir une référence au saint évêque Vendemiale, qui aurait été présent au moment du martyre de la Sainte à Calvi. Or, Vendemiale vécu au cinquième siècle, c’est à dire trois siècles plus tard. La légende principale décrit également une basilique chrétienne aux alentours de l’an 220. Or il n’est pas possible avant l’édit de Constantin en 313, durant les terribles persécutions contre les chrétiens, qu’une basilique eut été construite à Calvi, désigné dans le texte latin comme locus et non comme ville (l’appellation ne changeant rien à la situation), publique et consacrée sous les vocables de Saint Sauveur, la Vierge Marie et Saint Jean-Baptiste, desservie par deux évêques libres de célébrer le culte chrétien. Ainsi il est inimaginable que Pirro, envoyé à Calvi pour les persécutions violentes, eu laissé la liberté de culte aux chrétiens de Calvi ! Les incohérences sont ainsi très nettes. C’est ainsi que l’abbé Poncelet à l’origine de la découverte de cette légende, dis que bien que mettant en avant les lacunes historiques de l’auteur (et cela ne serait qu’un moindre mal), cette dernière est valde exiguae Fidei. On peut s’interroger de pourquoi il ne dit pas Nullius Fidei.
Monseigneur Lanzoni va plus loin dans son œuvre intitulée Le Origini delle Diocesi antiche d’Italia, décrivant cette passion de Sainte Restitude comme obscure et fabuleuse (“oscura e favolosa”). L’abbé Leca considérait ce jugement comme exagéré, dont je rejoins également l’avis. Si de cette légende, nous devions uniquement considérer le noyau de notre tradition – “la Sainte Restitude de Calenzana est arrivée par la mer” – cela serait suffisant pour reconnaitre qu’elle ne relève ni de l’obscur, ni du fabuleux. Mais il y a mieux.
Désireux d’obtenir un avis par un expert, l’abbé Leca fit examiner par l’archéologue chrétien, le Professeur Orazio Maruchi, la légende de Sainte Restitude. Ainsi dans une correspondance du 2 aout 1925, ce dernier lui écrivit : “Cher Abbé Leca … La légende est certainement tardive, comme cela est le cas pour l’ensemble des récits hagiographiques, c’est pourquoi, il ne faut accorder une grande importance au renvoi à l’empereur Macrin, lequel est dans le récit, lié à un certain Alessandrino, qui pourrait être une altération du nom de Alessandro Severo. Cependant, on peut retrouver un indice assez significatif,
Praeses, attribué au gouverneur de la province, car depuis l’empereur Dioclétien, la Sardaigne et la Corse qui étaient auparavant unies, sont depuis distinctes, gouvernées par un praeses”.
C’est pourquoi, l’abbé Leca qui n’accordait pas plus d’importance à la légende principale à la différence du Pr. Maruchi, pouvait trouver quelques éléments véridiques, ne serait-ce que l’écho, certes un peu confus de la tradition, recueillie et amplifié par le génie de l’auteur de la légende.
Tout en relevant les points incongrus de cette dernière, il ne faudrait pas lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. Par exemple, si l’on s’intéresse au lieu de sépulture, où pouvons-nous retrouver dans la légende, que le corps de Sainte Restitude fut emmené à Olmia ? La légende principale raconte que les Saint Parteo, Partenopeo et Paragorio, ayant été martyrisés en premier, eurent porté leurs têtes dans leurs mains à la Marana, et de la Marana, les corps furent transportés à Olmia. Or, concernant Sainte Restitude, la légende suppose que le corps de la Sainte fut enterré au lieu même où elle fut martyrisée, précisant que comme elle fut décapitée, sa tête fut enveloppée dans son voile ou dans un linge similaire, et que les chrétiens venus de nuit eurent enterré le corps en chantant des louanges au Seigneur. La légende mineure est plus explicite à ce sujet : en effet elle
raconte que Sainte Restitude fut enterrée au lieu même du martyr, c’est à dire Calvi : ibique a christianis sepulta. Ce n’est pas une affirmation de ma part, mais seulement la lecture du texte. J’ajouterai que même si cela s’était déroulé ainsi, cela ne discréditerait nullement la tradition, bien au contraire. Puisque l’épisode du transport du corps du lido de Calvi à Calenzana gagnerait en crédibilité. Je tiens également à souligner, sans discrimination aucune vers mes collègues qui considèrent comme vérité absolue, l’identification de Ulmia et Calenzana en une même localité ; or je ne puis soutenir une telle thèse. Ainsi, je suppose qu’en ce qui concerne cette particularité, la légende mineure non substituée par la légende principale, est véridique.
On précisera d’ailleurs à ce stade que, dans les temps anciens, ou à cause des invasions barbaresques ou bien encore pour divers autres motifs que je ne puis définir, le corps de Sainte Restitude eut été transporté non pas de Calvi à Ulmia, mais bien de Calvi à Calenzana.
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A présent, étudions ce que représente la légende majeure, sans tenir compte de la croyance autour du lieu de sépulture ainsi qu’autour du martyre de Sainte Restitude. On peut la résumer en cinq points principaux :
1/ L’auteur de la légende s’identifie comme corse, peut-être ce dernier était-il même balanin. Ce dernier dit que Pirro était gouverneur apud nos, c’est à dire dans notre province, dans nos villages. Un étranger n’aurait pu employer cette formulation. Corse ou balanin, ce dernier connaissait avec exactitude la tradition locale de cette époque. L’aurait-il signalé comme tel ? Ou s’en serait-il servi comme décors fantaisistes ?
Impossible à dire ; mais il semble que ce dernier n’a pas rapporté ici le contenu de la tradition populaire.
2/ Après analyse des paléographes, on peut en déduire que la légende principale a été écrite aux alentours de la fin du XIIème siècle. Or il était déjà acquis parmi la population que le corps de la Sainte Restitude se trouvait autour de nous. Et ce n’est d’ailleurs pas un élément qui doit être mis à l’écart.
3/ Datant la légende à partir de la graphie, comme rapporté dans le CODEX VATICANI, cette dernière aurait été composée après le prétendu transfert du corps de Sainte Restitude à Pise en 1153. Ainsi l’auteur corse n’en saurait rien ? Si le silence est bien évidement un argument en défaveur, dans notre cas, le silence de l’auteur joue en défaveur d’un prétendu transfert.
4/ L’auteur de cette légende parle au présent, quand ce dernier parle des grâces du Seigneur par l’intercession des saints martyrs Parteo, Partenopeo et Paragorio, présumés compagnons de Sainte Restitude, vénérés à Ulmia : ibique multa beneficia praestantur.
Cela signifie qu’il existait d’une part, certainement aux alentours de l’année 1200, un village appelé Ulmia, ou Olmia dans sa version toscanisée, où se trouvaient encore les corps des Saints Martyrs, déjà emmenés à la Marana, et d’autre part que le corps de Sainte Restitude n’était pas présent à Ulmia, vu que ce dernier ne parle seulement que des bénéfices obtenus par l’intercession des trois Saints, martyrisés selon la légende mineure, avant Sainte Restitude, mais qui selon la tradition de Noli, décrits comme nolesi et soldats de la légion thébaine, auraient été martyrisés plusieurs années après l’époque
donnée pour Sainte Restitude.
5/ La proximité de Ulmia et de Marana dissipe les doutes, pour celui qui pourrait
confondre, par simple ignorance, la localité de la Marana, près de Calvi et qui porte toujours ce nom aujourd’hui, avec la ville di Mariana, plus éloignée. Alors que le culte de Sainte Restitude reste toujours actif et pieu, le culte des compagnons martyrs, toujours actif à Nioli en Ligurie, dont l’église principale érigée en cathédrale porte le titre de Saint Paragorio, ne l’est plus par chez nous depuis des siècles. On retrouve cependant le vocable de San Parteo pour le nom d’une montagne (notons qu’auparavant ce vocable était assez populaire dans notre région comme l’atteste le registre de la confrérie de Moncale) ; cependant de mémoire d’homme, on ne retrouve aucune attestation des deux autres, du moins dans la piève de Olmia. Détruite, sans en connaitre ni la date ni les
motifs, on ne sait rien de ce qui est arrivé à Ulmia ni ne de ce qu’il en advient des reliques de ces trois saints martyrs. Le mystère reste pour l’instant tout entier. Par chance, les reliques de Sainte Restitude ont été conservées. De part cet élément, on peut en conclure que ces dites reliques de la Sainte, n’étaient nullement conservées à Ulmia mais ailleurs. Où ? Certainement dans cette même église ou je me trouve actuellement, à Calenzana, dédiée à la Sainte.
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La susdite église est certainement plus ancienne que ce que l’on a pu imaginer jusqu’à aujourd’hui. J’entends ainsi ce qui a trait à la structure primitive. Dans sa configuration actuelle, il y a ceux qui privilégient le style pisan ; d’ailleurs on ne peut nier le fait que l’on puisse retrouver à plusieurs endroits certains signes qui en témoignent, même s’il me semble difficile d’établir un lien de parenté entre Sainte Restitude et l’église voisine de Saint Rainier de Montemaggiore, pur produit du génie architectural pisan. Pour ma part, je ne saurai donner suites à l’information contenue dans un registre notariale de 1737, dans lequel il vient expressément déclarer que les pisans auraient fait édifier, dans les temps anciens, une église somptueuse en l’honneur de la Sainte, à l’endroit même où son corps aurait été emmené miraculeusement : mais aujourd’hui, je ne distingue rien de cette église. Quoi qu’il en soit, l’église primitive ou du moins ce qu’il en reste, aurait été antérieure à la domination pisane et aux imports architecturaux de Pisa en Corse.
Je reconnais cependant, de ne pas connaitre les critères avec lesquels on pourrait déterminer, même de manière approximative, à moins de recourir à l’estimation, la date de la construction de l’église Sainte Restitude, édifiée dès la construction sous ce vocable ou un autre, dans les temps anciens au lieu même du premier cimetière chrétien de Calenzana.
Dans nos villages, comme dans bien d’autres endroits, les églises rurales anciennes étaient édifiées principalement dans les cimetières.
Je retiens ainsi que, les premiers chrétiens de Calenzana auraient eu leur premier cimetière au même endroit, ou bien assez proche des sépultures de leurs ancêtres
païens. “Je note – écrivait le Pr. Maruchi à l’abbé Leca dans la lettre citée précédemment – que beaucoup de cimetières chrétiens étaient établis près des aires de sépultures païennes”. Ainsi, le lieu où fut enterrée Sainte Restitude, tout au moins dans les environs, eut été utilisé durant les premiers siècles de l’époque vulgaire, comme cimetière païen ; cela a été prouvé notamment par la découverte faite il y a quelques années de l’épitaphe qui indiquait et couvrait la sépulture de l’ex-centurion Caninio Germano, placé à cet endroit aux alentours du IIIème siècle. Ainsi, fut édifiée à cet endroit la première église de
Calenzana, ou reposent et y sont vénérées, les précieuses reliques de Sainte Restitude.
J’espère de tout cœur que l’on puisse retrouver dans les archives, un document plus pertinent que le registre notarial de 1734, concernant la conservation et le culte de Sainte Restitude dans son église de Calenzana avant le XVIIème siècle. Pour l’instant le document le plus ancien que je puisse connaitre sur ce sujet, est le récit d’une visite apostolique, faite dans le courant de l’année 1589, communiqué à l’abbé Leca par l’abbé Francesco Maria Paolini de Calenzana (qualifié d’archive des mémoires corses) dans lequel on peut retrouver la notice suivante : “Derrière l’autel (majeur de l’église de la Sainte), il y a un sépulcre construit en calcaire et briques et décoré, dans lequel on prétend qu’il s’y trouve le corps de Ste. Restitude (sic). Derrière ce dit autel, on peut y retrouver des pierres tombales en marbres, dans lesquelles on prétend y avoir retrouvé le corps de Ste. Restitude, mais on ne dispose pour l’heure, d’aucun document attestant de ce fait”.
Nous concernant, il s’agit d’un témoignage très précieux datant du XVIème siècle. D’autant plus que l’ensemble des récits des précédentes visites Pastorales et Apostoliques, comme cela est le cas pour celles faites en 1613, 1616, 1618, 1621 par Mons. Pietro Lomellini, ou encore celles de 1661, 1686, 1723, 1727 et 1730, confirment toutes le témoignage contenu dans le récit de la visite de l’année 1589. Notre attention retiendra le récit de la visite de l’année 1730, entreprise par Mons. Pietro Giustiniani qui relate les faits suivants : “J’ai décidé de faire édifier à Calenzana, une maison où pourront se réfugier les évêques s’ils en décident ainsi, comme cela a pu m’arriver personnellement il y a de cela quelques mois, où je n’ai pu résider en la citadelle de Calvi, afin de préserver la dignité et la liberté ecclésiastique”.
Et de ce fait, voulant établir à Calenzana une collégiale de dix chanoines, il argumenta dans son exposé au Pape par le fait que dans cette église, est conservé le corps de Sainte Restitude, vierge et martyre dans le diocèse de Sagone. Ainsi, le témoignage de Mons. Pietro Giustiniani, est l’écho fidèle d’une tradition ancienne, jamais interrompue ni remise en cause.
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J’ai précédemment fait référence au registre notariale de 1737. L’abbé Leca a pu obtenir une copie de l’original, transmise par le chanoine Martelli, curé de la paroisse de l’Ile Rousse. Il s’agit de l’acte notariale par lequel le Chapitre de la Primatiale de Pise donne parmi d’autres, une Relique de Ste. Restitude (destinée à l’église de Santa Reparata di Balagna) au fameux chanoine Erasmo Orticoni, Pénitencier en la cathédrale d’Aleria. De cet acte notarial, j’y soustrais les éléments nous concernant ci-dessous :
Dans la province de Balagne, dans le district de l’évêché de Sagone, lequel avec celui d’Aleria et d’Ajaccio dépendent du Métropolite de l’église Primatiale de Pise, y avait été édifié un temple somptueux par les anciens souverains de la République pisane, en l’honneur de la sainte vierge et martyre Restitude, au lieu même ou le corps de la sainte y fut miraculeusement enterré après s’être échoué sur le lido non loin, transféré ainsi depuis ce lieu en la basilique métropolitaine de Pise. Après avoir décrit le reliquaire de Ste. Agate, le premier ayant été ouvert à cette occasion, le notaire décrit celui de Ste. Restitude :
Un autre reliquaire en étain, ayant la forme d’une petite urne, ornée de ciselure en relief…Sur lequel on lit l’inscription suivante : Corps de la bienheureuse Restitude, vierge et martyre, une croixde bois et deux ampoules, l’une contenant son sang, l’autreson lait son renfermés dans cette urne.
De cette urne fut extrait un des os que l’on peut retrouver : alterum ex ossibus. Ainsi, en 1737, on ne retrouvait à Pise que deux os d’une Ste. Restitude. Jusqu’en 1579, on en retrouvait au moins quatre, ainsi que trois fioles de verre, deux contenant du sang, et une contenant du lait mélangé au sang de la sainte Martyre. On peut retrouver cette attestation dans un codex de la Bibliothèque nationale de Florence, consulté par l’abbé Leca, dans lequel (feuille 9, verso) on peut y lire :
Corps de la bienheureuse vierge et martyre : alors qu’elle était âgée de quinze ans, sous l’empereur Macrinus, elle fut couronnée par le martyre. En l’an 1153, il fut transféré de Corse dans l’église de Saint-Clément (del Pane).
Par la suite, ladite église ayant été profanée (car elle était ruinée par la vétusté), moi, Jean-Baptiste Tottis, je retrouvai cette bienheureuse vierge non sans grande peine, la veille des ides de novembre 1573 (c’est-à-dire le 12 novembre).
Ensuite, le quatorzième jour, les ossements de la sainte furent transférés dans notre église, ainsi que trois ampoules : deux contenant le sang de la même vierge, et une autre contenant du lait et du sang, ainsi que de nombreuses autres reliques, telles qu’elles seront décrites.
Je préciserai, de manière à être plus clair, que les erreurs de grammaire de cet extrait n’ont point été commises par ma personne.
Où ont pu retrouver, du temps du chanoine Orticoni, les reliques manquantes dans l’urne, qui malgré ses faibles dimensions (21 centimètres de hauteur, 34 par 21 de large), prétendait contenir le corps de Ste. Restitude ? La réponse à cette question, pourra je l’espère, dissiper les doutes concernant l’existence du corps de Ste Restitude à Calenzana.
On peut retrouver non loin de Avigliano Umbro, province de Perrugia, un village dénommé S. Restituta Castel Truderte, dont l’église paroissiale est dédiée à la Sainte. On peut retrouver également dans cette ci-dite église une plaque de marbre gravée des inscriptions suivantes :
D.O.M
HIC CONDUNTUR RELIQUIAE B. RESTITUTAE V. ET M.
OBTENTAE AB ILL.MO ET REV.MO D.AR
CHIEPO. PISAR. INTUITU RR.
- JO. BAPT. TOTTI CAN. PIS.
- ET FRANCI. BOCCHI. DE
TUD. ET HUC. A. PISIS. TRANS
LATAE. PER D. CORIOLANUM. MENECU.
TUD. DE C°. MONTICU. A. D.
M.C.LXXXIX
ICI REPOSENT LES RELIQUES DE STE. RESTITUDE, VIERGE ET MARTYRE,
OBTENUES PAR L’ILLUSTRE ET REVERANT MONS. ARCHEVÊQUE DE PISE, GRACE
AUX RR. SEIGNEURS GIOVAN BATTISTA TOTTI, CHANOINE DE PISE, ET FRANCO
(O FRANCESCO) BOCCHINI DE TODI, ET TRANSFÉRÉES EN CES LIEUX PAR LE
SEIGNEUR CORIOLANO MENECU DE TODI, DU CHATEAU DE MONTICCHIO,
L’ANNÉE DE NOTRE SEIGNEUR 1579
Mais ces reliques, bien que transférées de Pise, sont vénérées comme reliques de Ste. Restitude de Sora, et non comme celles de Ste. Restitude de Calenzana. Ainsi les reliques de Ste. Restitude de Sora ont certainement été données par l’Archevêque de Pise, grâce au chanoine Totti, auteur du texte en latin grammaticalement peu correcte, qui six ans auparavant considérait les reliques parvenues jusqu’à lui, et provenant de San Clemente del Pane comme étant celles de Ste. Restitude de Corse.
On peut également constater que ce dernier changera d’avis durant l’année 1579. Dans un récit de la vie de Ste. Restitude de Sora, il est dit que cette dernière naquît à Rome de parents païens et d’une famille de nobles, réussit à convertir à la foi de Jésus Christ son père ainsi que sa mère. Durant les persécutions contre les chrétiens, advenues sous le règne de l’empereur Aurélien, la Sainte se rendit à Sora sommée par un ange. De là elle s’efforça d’y convertir les païens. Elle sera par la suite arrêtée et emprisonnée. Le 27 mai de l’année 207, elle est martyrisée aux cotés de Cirillo, fils de son hôte à Sora, converti au christianisme. En raison des événements tragiques de cette époque, les reliques des deux saints Martyrs de Sora tombèrent dans l’oubli. Elles sont retrouvées durant l’année 783 ; et en l’honneur de Ste. Restitude, une église somptueuse sera édifiée. Aux alentours du XIIIème siècle, le Pape Innocent IV aurait donné le corps de Ste. Restitude de Sora au comte de Moreville, français, qui demeurait en Italie. À son retour en France, il apporta avec lui les saintes reliques. De nombreux miracles accomplis par la Sainte lors du trajet, le conduiront à édifier à Arci , non loin de Pise ou ce dernier possédait son fief, une église en l’honneur de Ste. Restitude, et à y placer les saintes reliques. Les reliques furent ensuite transférées à Pise. C’est ainsi que en 1579 il fut donné une partie de ces reliques (un bras et un fémur) au peuple de S. Restitude de Castel Tuderte, qui les déposèrent en l’église paroissiale, sous le vocable de la Sainte de Sora, comme attesté par les pierres tombales déposées ivi a cornu Epistolae (2) . De mémoire d’homme, on ne se souvient pas que le corps de Ste. Restitude n’eut été transféré ailleurs ; et il se pourrait que, comme suspecté par l’abbé Lecca, que le corps de leur sainte Martyre, donné par Innocent IV au comte de Moreville, eut été extrait des catacombes de Rome. Mais cela ne nous concerne pas. Il nous convient d’insister à ce stade, que les os donnés par Pise à Castel Tuderte, étaient considérés comme reliques de Ste. Restitude de Sora, et non comme de Ste. Restitude de Calenzana. Il en va ainsi que, si l’on se réfère au Proprium de l’archidiocèse de Pise, imprimé en 1883, les leçons du second nocturne de l’office des matines en l’honneur de Ste. Restitude, racontent la vie de Ste. Restitude de Sora.
(2) Traducteur : On fera ici précision que par la formulation latine a cornu Epistolae, on entend le côté droit de l’église, qui avant les réformes de Vatican II, correspondait au côté où était chanté l’évangile par le diacre.
Je retranscris ci-contre, une note de l’abbé Leca : “Dans un autre Proprio du diocèse de Pise, imprimé en 1883, sous l’autorité de l’archevêque Mons. Capponi – en date du 27 mai – la fête de Sainte Restitude, vierge et martyre y est célébrée, avec un propre des leçons au second nocturne, concernant Ste Restitude de Sora, les reliques furent transférées dans une élégante et magnifique châsse de marbre, située dans un temple très richement orné, édifié par les habitants de Sora en l’honneur de sainte Restitude, et elles y reposent.
Dans cette leçon, on ne fait nullement référence à la Ste Restitude vénérée dans la Primatiale de Pise. L’office de Ste. Restitude fut approuvé par la S.C des Rites par décret en date du 12 juin 1856, que l’on peut retrouver à la page 168 du Proprio de 1883, compilé par Mons. Sainati. Ce dernier n’est pas sans ignorer les informations concernant Ste. Restitude, laissées par De Tottis et par Tronci : le fait que ce dernier n’ y fasse pas référence, tant dans l’office du Proprio comme dans son œuvre Vite dei Santi, Beati (e servi di Dio), édition de 1859, et plus particulièrement dans son Dario Sacro, troisième édition, Turin, 1898, dans lequel il rapporte l’ensemble des fêtes du calendrier de son temps, accompagné de notes historiques sur le Saint ainsi que sur le déroulement des festivités, démontrent que ces derniers n’ y accordent aucune importance historique.
Il semblerait étrange que nous soyons les seuls à accorder une importance à l’ensembles de ces nouvelles. Ainsi en ressort fallacieuse, la légende autour du transfert du corps de Ste. Restitude de Calenzana à Pise.
*****
Il n’est pas invraisemblable que l’on ait pu amener à Pise des reliques de Ste. Restitude de Calenzana. Et si l’on s’en tient aux informations de la légende principale concernant le lait qui aurait jailli des chaires mutilées de la Sainte, on pourrait suspecter que le sang et le lait de notre Ste. Restitude puissent être le sang et le lait conservés dans une petite fiole de verre dans une autre urne, contenant les os d’une autre Ste. Restitude. Il se peut ainsi que par homonymie, on ait pu confondre deux saintes du même nom. Et dans cette pure hypothèse, il n’y’a lieu de penser que le tombeau de Ste. Restitude eut été ouvert ;
puisque dans le cas où, les fioles, et peut être également, la croix en bois (devant laquelle et selon une légende pisane Ste. Restitude priait en secret), devaient être conservées séparément, peut-être dans une petite boite que l’on peut toujours observer dans la partie supérieure de la sépulture. Mais revenons aux faits concluants. C’est un fait que Pise puisse posséder à l’heure actuelle, un seul et unique os d’une Ste. Restitude. Durant l’année 1737, ils en possédaient deux, et quatre durant l’année 1579. Et ces derniers constituaient le corps entier découvert par Totti durant l’année 1573. Mais le corps entier, c’est à dire le squelette ne semble, selon la mémoire collective, n’avoir jamais été
conservé à Pise. C’est un fait que sur deux de ces quatre os, deux furent donnés à Castel Tuderte durant l’année 1579, comme reliques de Ste. Restitude de Sora et non comme de Ste. Restitude de Calenzana. C’est un fait également que l’Archidiocèse de Pise eut adopté dans son Proprio, un office en l’honneur de Ste. Restitude de Sora.
Ainsi, ou se trouve donc Ste. Restitude de Calenzana, à Pise ?
Cette dernière ne s’y trouve point et ne s’y est jamais trouvée.
Ste. Restitude de Calenzana se trouve belle et bien dans son église de Calenzana.
Nous n’avons aucune raison de croire que nos anciens puissent nous avoir trahis, nous faisant croire ainsi que le corps de Ste. Restitude soit resté dans son humble tombe (la plus humble à mes yeux), comme elle fut déposée en ce lieu quand elle fut emmenée à Calenzana, sinon par miracle, ou par la grâce de
Dieu ? Pourquoi vouloir nous induire en erreur ? Ou pourquoi ces derniers puissent s’être eux-mêmes laissés induire en erreur ? Jamais on n’a pu observer chez nos anciens, qui étaient de grands hommes aussi bien parmi les clercs que parmi les laïcs, une telle incrédulité. Cette dernière se rencontrait chez les fous.
Ainsi, notre Ste. Restitude se trouve belle et bien dans sa sépulture de Calenzana. C’est la conviction de l’abbé Leca, que je partage également.
Bologne, mars 1928
P.Tommaso Alfonsi d.P
Charlotte Cunéo, l’amie de toujours du chanoine. Alberti
Charlotte Cunéo était une petite dame âgée de 104 ans, lorsqu’à sa demande, je lui ai promis d’écrire l’histoire du chanoine Alberti.
C’est aujourd’hui chose faite. Merci Charlotte.
Cette petite bonne femme, doctement agrégée de mathématiques, conserva jusqu’à son âge très avancé quelques amusantes coquetteries juvéniles. Notamment, cette manière délicate et précieuse d’ajuster son chapeau, ses chapeaux devrai-je dire, avant de sortir de sa maison de poupée à Calinzana. Un geste toujours émouvant de charme, de fraicheur et de fragilité.
Mais le plus surprenant était le contraste saisissant opposé entre sa frêle allure physique et son esprit toujours véloce et pertinent.
Charlotte avait une facilité déconcertante pour asséner des avis critiques incisifs ou volontiers taquins, le plus souvent indulgents, et quelques rares fois irrémédiablement définitifs…
Un jour, en compagnie de quelques amis je visitais Charlotte dans sa maison à Calinzana. J’avais l’habitude de la questionner sur les moments importants de la vie du chanoine dont elle était une proche amie.
Cette fois, Charlotte nous racontait comment le chanoine Alberti s’interrogeait sur la meilleure manière de classer et inventorier certains ossements découverts dans le sarcophage.
- « le chanoine ne savait pas trop comment faire avec les ossements difficiles à reconstituer, parce que brisés menus, il y avait trop de petits … euh….de petits…euh… »
Alors, après un silence pesant, je tentais une aide discrète…
- « Trop de petits… morceaux ? »
Du tac au tac, du haut de son mètre quarante-huit, et de son âge sans poids réel, Charlotte me décocha un regard aussi cinglant que désarmant…
- « Morceaux ? Morceaux !… mais c’est justement le mot que je ne voulais pas employer !… Je voulais dire qu’il y avait trop de… « FRAGMENTS » !
Articula-t-elle très distinctement en distinguant chaque syllabe pour me rappeler à davantage de précision… Une façon imparable de me tacler u schjaffu aussi bien ajusté que mérité !
Ce fut une séquence savoureuse…et il y en eut bien d’autres !
Par exemple, un autre jour, Charlotte évoquait sa vie d’étudiante à Nice.
Elle me racontait les voyages en train à vapeur qu’elle effectuait pratiquement chaque fin de semaine à destination de Lyon.
Intrigué, j’imaginais qu’elle allait peut-être y rejoindre, pourquoi pas, un petit ami en particulier ?
Ignorant superbement mon regard interrogateur, elle poursuivait son récit, précisant qu’au bout de quelques mois c’est à Paris qu’elle passait ses fins de semaines…Alors, n’y tenant plus, j’interrogeais :
- « Chère Charlotte vous alliez à Paris, peut-être pour y rejoindre une connaissance…euh… intime ?
La phrase n’était pas totalement posée, qu’un éclat de rire franc me coupait la chique.
- « Mais non, mon petit, c’était la guerre ! Et comme d’autres, je portais des plis, des paquets. C’était pour la Résistance !… Une jeune fille comme moi, avec son béret, son cartable et sa petite valise, c’était l’innocence personnifiée… Je n’inspirai pas de méfiance lors des contrôles…Oui, il m’est arrivé d’avoir peur, mais mes convictions étaient plus fortes. Elles me donnaient le courage nécessaire, et peut-être que j’aimais ça… ». —Rires.
Pour mieux apprécier l’innocence malicieuse de Charlotte, il suffit de se reporter à l’excellente BD consacrée à Santa Restituta, réalisée par Bernard Houot (1) , un autre ami très cher de Charlotte. Le clin d’œil taquin, croqué en bas de la page 9 du tome 2, résume parfaitement ce que nous pouvions imaginer du regard de Charlotte sur le chanoine…
(1) « Calenzana, un haut-lieu de l’histoire du christianisme en Corse ». Bernard Houot. 2, quai Saint Antoine 69002 Lyon. Dépôt légal : février 2018. ISBN : 979-10-97343-00-2
FIN Charlotte.
Le Codex 6933, la bombe vaticane du XIIe siècle découverte en 1920
Il s’agit d’un parchemin de plusieurs pages écrites au XIIe siècle, mais provenant d’une archive encore plus ancienne, probablement du VIIIe siècle. Ce document ne fut découvert qu’au début du XXe siècle dans les archives de la Bibliothèque du Vatican. Ce fut la première, et elle reste la seule archive découverte sur Santa Restituta depuis l’origine de cette aventure.
Son contenu contient des informations déterminantes pour résoudre l’énigme… Le chanoine Alberti a trouvé quelques clés de résolution en 1948, mais ce fut grâce au travail réalisé en 1928 par plusieurs prêtres calzaninchi en fonction au Vatican. Les deux principaux étant le Père Giacinto LECA et le Père Tommaso Alfonsi.
Depuis 16 siècles le mystère de Santa Restituta restait impénétrable. Pendant tout ce temps, les fidèles calzaninchi vivaient dans une contradiction tellement lourde qu’ils préféraient perpétuer humblement la tradition multiséculaire plutôt que d’oser la contredire…
D’un côté ils priaient avec ferveur sur la petite tombe de la sainte, installée dans l’abside de sa chapelle construite sur l’ancien cimetière du village.
Et de l’autre côté, ces mêmes calzaninchi, colportaient fidèlement une légende profane totalement contradictoire. Puisque cette parole portée de bouche à oreille depuis la nuit des temps, disait que les reliques de la sainte reposaient dans un magnifique sarcophage de marbre blanc finement sculpté, enfoui quelque part dans l’ancien cimetière du village …
Tout commença à bouger en 1920 avec une découverte passée presque inaperçue, réalisée par le Père Jésuite Albertus Poncelet, éminent hagiographe de la société des Bollandistes, spécialiste de la vie des saints, chargé d’étudier les archives vaticanes.
Le prêtre jésuite fit preuve d’une grande sagesse, sachons-lui en rendre grâce. Car lorsqu’il découvrit quelques rouleaux de parchemins inexploités jusque-là, rédigés dans un très mauvais latin et bourrés d’erreurs dans la chronologie historique des évènements qu’ils rapportaient, au lieu de les négliger et de les classer comme parchemins douteux, il en fit une analyse complète.
Le contenu du manuscrit raconte un procès tenu en place publique avec interrogatoire et torture des six accusés, jusqu’à leur mise à mort par décapitation sur le champ.
La première indication intéressante est que les accusés étaient cinq hommes et une femme, nommée Restituta ! Tous les six étaient des chrétiens évangélistes coupables de s’adonner à une religion interdite et sévèrement punie par décret impérial.
L’archive va plus loin et précise un deuxième fait troublant. Le parchemin donne la date et le lieu du procès tenu un 21 mai en place publique, sur le port de Calvi à l’embouchure de a Figarella en Corse, mais il n’en indique pas l’année.
Le Père Poncelet est septique, il conclut alors que les évènements historiques contenus dans l’archive paraissent confus, apparemment inexacts et rédigés dans un latin vulgaire, au point d’émettre les plus grands doutes quant à son intérêt. Toutefois, le prêtre décide de conserver officiellement le document et de l’indexer au Codex 6933… « pour le cas ou d’autres chercheurs y trouveraient leur intérêt »…
Grâce à la sagesse précautionneuse du Père Poncelet ce maillon essentiel de l’énigme de Santa Restituta sera conservé jusqu’à ce qu’un prêtre balanin en mission au Vatican tombe sur le Codex 6933 et en révèle l’existence à ses confrères…
Le Codex 6933 texte bacon et peu crédible marque cependant le début de la résolution de l’énigme de Santa Restituta, grâce à l’intérêt porté par une cohorte de prêtres originaires de Calinzana, dont certains occupaient des postes importants au Vatican…
La planque du sarcophage de Santa Restituta.
La fabuleuse idée des premiers chrétiens d’Olmia l’ancienne Calinzana, au début du IVe siècle, fut de cacher le sarcophage contenant les reliques de la sainte à plus d’un mètre cinquante sous terre, exactement au-dessous de la future tombe officielle de Santa Restituta. Tombe officielle, dont eux, les chrétiens d’Olmia savait qu’elle n’était qu’un leurre, un simple cénotaphe !
Et pour dissuader d’avantage encore les éventuels pilleurs de tombe, les anciens d’Olmia avaient comblé l’espace entre le sarcophage et la fausse tombe avec des couches et des couches de plaques de marbre, de débris de constructions, etc. Rendant la découverte du saint trésor impossible…
La photo prise au cours des fouilles de 1951 en fait la plus belle démonstration. On y voit très nettement le sarcophage positionné sous presque un mètre de pierrailles, exactement dans l’axe de la fausse tombe… CQFD !
Le génie du chanoine Alberti, mis en œuvre pour résoudre l’équation à plusieurs inconnues qu’était le mystère de Santa Restituta, fut de se mettre dans l’état d’esprit des premiers chrétiens du Loru, pour éclairer les zones d’ombre de la légende du sarcophage.
La légende, au fil de seize siècles de bouche à oreille avait forcément subit quelques modifications involontaires. Si bien qu’au fil du temps, la tradition orale n’était plus totalement compréhensible, mais heureusement, sa transmission continua fidèlement jusqu’à notre époque.
Compréhensible ou pas, une évidence apparaissait en écoutant la légende : Sainte Restituta et ses cinq compagnons avaient été inhumés deux fois !
D’abord de nuit, clandestinement, à l’arrière de la plage -dite aujourd’hui- de Sainte Restitude. Puis de jour, au cours d’une cérémonie religieuse éclatante de lumière et de fleurs, au cours de laquelle les saintes reliques furent placées dans un magnifique sarcophage de marbre blanc finement sculpté, enterré quelque part dans le cimetière du village.
Le chanoine Alberti parvint, après une longue enquête à rebondissements, à expliquer pourquoi et comment ces deux inhumations eurent lieu.
Tout cela est minutieusement raconté dans le livre « Santa Restituta , de la légende à la réalité » publié chez Albiana en 2026.
Mais avant d’en arriver là, le prêtre avait distingué une première piste d’explication du mystère en étudiant certains textes sacrés. Le premier indice lui apparut à la relecture de passages communs aux écritures de Saint Jean, Sant Augustin et Saint Ambroise. En résumé, les saints du Christ sont toujours ensevelis par dévotion, sous la table de célébration de l’Eucharistie.
Une autre idée complémentaire était, jusqu’à Vatican II, que les reliques des saints invoqués pour la consécration d’un nouveau lieu de prière, étaient toujours enfouies au pied de l’autel de la future chapelle, église ou cathédrale.
C’est ainsi que l’idée, encore imprécise, s’était imposée à lui, selon laquelle le sarcophage de la légende, non seulement existait réellement, mais devait être enterré en un lieu où une célébration sainte avait lieu.
La photo de la fouille archéologique, entreprise -à l‘aveugle- par le chanoine Alberti est la plus belle démonstration de l’exactitude incontestable de sa théorie.
Le sarcophage va enfin livrer les secrets de son contenu...
Stupeur !… à peine ouvert, aucun ossement n’apparait. Bizarrement, seule une fine terre noire déborde du sarcophage. Malgré plusieurs sondages effectués par José Alberti, toujours rien !… Alors un doute s’immisce dans l’assistance, le jeune curé de Calinzana se serait-il trompé ?
Mais après dix minutes d’atermoiement, un fémur est enfin extrait, puis un tibia et ainsi de suite. Au final, six squelettes humains seront partiellement reconstitués. Leurs têtes sont absentes.
Le docteur Orsoni, médecin spécialiste est affirmatif. « Ici il s’agit des squelettes de cinq hommes et là c’est celui d’une femme ».
« Hè quellu di a Santa ! » adjuge dans un cri spontané le jeune curé de Calinzana.
Le plus troublant est évidemment la brisure du bord gauche du couvercle du sarcophage, que la légende attribue à la colère d’un évêque furieux de l’initiative de réinhumation des saintes reliques… Le sarcophage découvert par José Alberti porte exactement les mêmes stigmates… !
Le sarcophage de marbre clair finement sculpté découvert le 3 mai 1951, est exactement conforme à celui décrit dans la légende transmise de bouche à oreille depuis 1600 ans entre calzaninchi .
De quand date le sarcophage ?
Si quelques spécialistes se sont , à juste titre, interrogés sur l’origine du sarcophage pour appuyer leur contestation de la thèse du chanoine Alberti, la réponse à leur question s’est vite imposée avec l’analyse des symboles de ses décors.
Certains détails du chrisme circulaire sculpté en creux, au centre de la cuve du sarcophage indiquent qu’il date d’avant le début du IV° siècle, donc il est logique de le retrouver à l’époque de la vie de Restituta.
En effet, les deux lettres grecques superposées l’une sur l’autre, le Khi pour le X et le Rhô pour le P, sont les premières lettres du mot « Christos ». Ce symbole était utilisé pendant la période du christianisme primitif de Restituta. Et même avant cela, la superposition du khi et du Rhô se trouvait déjà couramment sur des amphores. Plus tôt encore, on les retrouvent dans des manuscrits païens égyptiens et d’autres grecs. L’entrelacement des deux mêmes lettres était alors l’abréviation du mot « Khrēstós » dont le sens était « utile, favorable, de bon augure ».
Pour conclure sur la question de la date d’origine du sarcophage de Calinzana , ajoutons que ce n’est qu’à partir de 313, soit la date de la première reconnaissance officielle du christianisme par Constantin, que l’alpha et l’oméga , première et dernière lettre de l’alphabet grec, furent ajoutés à droite et à gauche du Khi , symbolisant le commencement et la fin de toute chose.